Un président dans l’urgence, un hirak dans la durée : l’incertitude reconduite…

Il sera  » élu  » et dans le même temps  » boycotté « .

De ce paradoxe va naître le nouveau président de la république, attendu de pied ferme par un hirak sans précédent .

Le futur président mesure d’ores et déjà la faible légitimité avec laquelle il sera appelé à diriger un pays qui vient de connaître un sursaut populaire jamais connu et qui entend s’inscrire dans la durée.

Cette élection au forcing, présentée par ses promoteurs comme solution inéluctable à la crise, tel  pratiquement un salut pour le pays va néanmoins produire un président amoindri, politiquement diminué et à la légitimité encore une fois  » impotente » .

L’Algérie aura certes un président. Mais ce dernier n’aura sûrement pas un peuple.  Du moins, pas la majorité du peuple. Cette dernière est toujours dans la rue à moins de 24 heures du scrutin appelant à son annulation jusqu’ à établissement de règles transparentes devant être observées objectivement dans pareils rendez vous qui engagent tout l’avenir de la nation .

 

Désormais celui qui aura la lourde responsabilité de sortir   » vainqueur  » de ce vote impopulaire devra composer avec un peuple algérien, profondément  » mûr  » et incroyablement alerte, celui là même qui a fait tomber Bouteflika du haut de son diabolique système érigé en fléau durant 20 années de destruction du pays à ciel ouvert.

 

L’opposition de l’après 22 février ne prend point la forme de partis ou de formations politiques.  C’est un peuple entier , soudé par les mêmes convictions, uni autour d’objectifs communs de démocratie et d’État de droit qui s’improvise en force  » pacifique  » comme détenteur de pouvoir et force d’opposition à la fois.

Comment convaincre de ses bonnes intentions, de sa pleine légitimité et gagner la confiance d’un tel peuple qui renaît et aspire à la démocratie, à la justice et à la véritable répartition des richesses ?

De nouveaux algériens sont nés au lendemain du 22 février, avec une détermination sans failles, ne mesurant que par la légitimité tout acte venant des hauts lieux et ne croyant plus aux discours prometteurs .

Il y a un pays en quête de véritable réconciliation avec la justice et avec la transparence.  Finis les temps de la démagogie et de la menace.  La peur a définitivement été éliminée par ce niveau d’engagement populaire bâti autour de l’arme fatale: la solidarité.

Le président aura dans l’urgence à subir l’épreuve du hirak.  Ce dernier ayant largement prouvé son poids et son endurance, il devra compter désormais dans l’équilibre des pouvoirs.

Le haut commandement de l’armée a gagné son pari en s’investissant totalement dans l’organisation de cette élection . Son engagement aura été au rendez vous.

À quel prix?

Il en a fallu des têtes, ciblées et trillées dans les rangs des protestataires les plus en vue.

La traversée a coûté plusieurs arrestations et condamnations d’activistes politiques et d’acteurs du mouvement populaire.  Tous détenus pour leur liberté d’opinion.

L’armée pouvait toujours invoquer le risque de déstabilisation de l’Etat , menace qui l’interpelle au premier chef en vertu de ses attributions constitutionnelles lui confèrant le devoir sécuritaire , sauf que la répression des libertés est tout autant inscrite au chapitre des interdictions de la même constitution.

Le hirak n’a pourtant rien perdu.  Et le futur président devra faire la preuve d’avoir réellement gagné.

Mission impossible . À moins d’un compromis.  Au profit de la stabilité et surtout de la démocratie.

ABN

 

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