Gaid Salah, jusqu’ au bout d’un combat……

Très tôt ce lundi matin , l’information a commencé à circuler mais personne n’osait y croire ou s’aventurer à la donner.

Le Général de corps d’armée, chef d’État major de l’armée et vice ministre de la défense nationale, Ahmed Gaid Salah est décédé très tôt ce matin, suite à un arrêt cardiaque.

Âgé de 80 ans , Gaid Salah a été pratiquement seul aux devants de la crise  politique qu’ a traversée le pays durant ces 10 derniers mois.

Il aura été le seul interlocuteur représentant ce qui restait de l’Etat et de l’autorité du pays à un moment où l’incertitude était au plus fort de sa menace.

Au début du soulèvement populaire, le Général finira par se ranger du côté de l’appel du peuple contre le 5 ème mandat et décide dans un de ses discours de recourir à la destitution du président Bouteflika en application de l’article 102 de la constitution.

Cette même constitution à laquelle Gaid Salah avait durant toute la crise appelé à s’en tenir scrupuleusement pour inscrire les décisions du commandement de l’armée dans ses limites légales.

Farouche partisan de la solution constitutionnelle qu’ il présente comme ultime recours en s’investissant à organiser sous le sceau de l’urgence des élections présidentielles, le Général fera face à un hirak qui prône pour sa part l’instauration d’une transition et le report du scrutin.

Entre temps Gaid Salah se lance dans une guerre inédite contre la corruption et jure qu’ aucune personnalité  » quel que soit son rang ne sera soustraite à la justice » .

Surprise générale, après la destitution de Bouteflika fortement applaudie par la rue, Gaid Salah ordonne l’arrestation de Said Bouteflika , le Général Toufik et le Général Tartag.

Les Algeriens n’en reviennent pas.

Les 3 hommes transférés à la prison militaire de Blida comptent parmi les plus puissants du pays.  Les images tournées en boucle par les chaînes de télé où l’on aperçoit les Said, Toufik et Tartag dans cette inédite posture marqueront les esprits et l’histoire de ce pays.

Gaid Salah jure que la justice aura carte blanche et sera appuyée par l’institution militaire .

S’en suivra un gigantesque et unique défilé d’anciens ministres et de deux ex premiers ministres, des généraux, de puissants hauts fonctionnaires, un lot d’intouchables traînés devant la justice et jetés en prison .

Gaid Salah a tenu parole.  La lutte contre la corruption n’épargne personne. Ce front est désormais ouvert par la justice sous la bénédiction de l’armée .

 

Au sommet de la république, Bensalah fait office de chef d’État par interim beaucoup plus pour la symbolique alors que son premier ministre Bedoui est totalement absent.

Jusqu’ au bout de sa feuille de route, Gaid Salah aura réussi contre vents et marées humaines de ce formidable hirak à organiser ce rendez vous électoral à bonne date .

Un rendez vous auquel il tenait tant et qu’ il présentait comme unique issue à la crise .

Malgré une élection controversée conclue sur un taux d’abstention inédit, elle se tiendra et consacrera Abdelmadji Tebboune président de la république.

Gaid Salah a vengé son ami Tebboune, celui qui devient ainsi l’homme du compromis , vainqueur d’un scrutin tant contesté.  Mais néanmoins reconnu par la communauté internationale.

Le plan du général a fonctionné.  L’Algérie a son président. Et Gaid aura ainsi remporté une bataille qui l’a contraint à rester pacifique à l’instar  de la contestation populaire qu’ il avait en face de lui .

Si aucun coup de feu n’a été tiré comme il se plaisait à le répéter, mentionnant à chaque occasion que l’armée était issue du peuple que cette dernière ne pourrait en aucun cas brandir la moindre menace contre les algériens, la gestion de la crise a néanmoins été marquée par l’incarcération d’un nombre impressionnant de manifestants.

 

Pour port d’embleme amazigh , des jeunes ont été jetés en prison alors que des opposants tels le moudjahid Bouregaa ou la figure montante Karim Tabbou ont été condamnés pour des faits liés à leur liberté d’opinion .

Gaid Salah avait opposé un niet catégorique à toute mesure de détente tant qu’ un nouveau président n’était pas élu.

Le Général dont le dynamisme faisait dire à certains qu’ il était plus jeune que son âge était omniprésent sur l’ensemble des régions militaires du pays . Visites d’inspections, mobilisation des troupes , il battait les records des missions sur terrain .

Il se disait enfant du peuple , moudjahid et qu’ à ce titre ,  » l’armée ne tirera aucune balle contre son peuple  » .

À la veille de ce 22 février, il tiendra pourtant un discours menaçant avant de se rattraper et de s’inscrire pleinement et solennellement aux côtés des revendications du hirak.

 

Son grade ainsi que son statut l’embarquent malgré lui dans cette aventure politique à laquelle il n’était pas forcément destiné.

Après 10 mois de révolte populaire et de manoeuvres politiques, il offre à Tebboune l’ancien premier ministre malmené par le régime Bouteflika, l’opportunité de revenir en président .

Gaid Salah assiste à la fête, savoure la victoire et finit par surprendre son monde en rendant son dernier souffle .

Son bilan appartient désormais au jugement de l’histoire .

ABN

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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