Essais nucléaires: La France pourrait rendre des comptes avec le nouveau traité

Le 24 octobre 2020, le Honduras a ratifié le traité d’interdiction des armes nucléaire adopté par les Nations unies le 7 juillet 2017. Ce Traité (TIAN) va pouvoir entrer en vigueur le 22 janvier 2021, soit 90 jours après sa ratification par le 50eme Etat.

Le traité interdit, dans son article 1, l’utilisation, le développement, la production, les essais, le stationnement, le stockage et la menace d’utilisation des armes nucléaires.

L’article 4 fixe comme objectif l’élimination complète des armes nucléaires. Les États adhérant au traité désignent une ou des autorités internationales compétentes pour négocier et vérifier l’abandon irréversible des programmes d’armement nucléaire, y compris l’élimination ou la reconversion irréversible de toutes les installations liées aux armes nucléaires.

L’article 9 prévoit que les coûts associés à la mise en œuvre des mesures de vérification et à la destruction des armes nucléaires « devraient être pris en charge par les États Parties auxquels ils sont imputables.

Le traité d’interdiction des armes nucléaire avait subi bien entendu des tentatives de pression des Etats nucléaires, notamment de la France. Les raisons pour lesquelles la France n’adhère pas à ce traité selon les autorités de ce pays sont au nombre de trois :

1/ Ce traité est un texte jugé « inadapté » au contexte sécuritaire international marqué par la résurgence des menaces d’emploi de la force.

2/ Ce traité s’adresse exclusivement aux démocraties occidentales et ne servira donc pas la cause du désarmement, puisqu’aucun État disposant de l’arme nucléaire ne le signera »

3/Ce traité fragilise une approche réaliste d’un désarmement s’effectuant étape par étape.

Trois questionnements s’imposent à ce raisonnement :

1/ la résurgence des menaces d’emploi de la force par qui ? La France serait-elle menacée d’attaque nucléaire ? Va-t-elle employer cette arme de destruction massive pour n’importe quelle menaces exécutée ?

2/ Pourquoi la France affirme-t-elle qu’aucun État disposant de l’arme nucléaire ne le signera ? La France fait elle fi de l’opinion nationale et internationale issues des générations futures qui peuvent amener ces pays y compris la France à signer ce traité ?

3/La France a jugé que ce traité fragilise une approche réaliste d’un désarmement s’effectuant étape par étape. Par quelle étape la France veut-t-elle commencer ?De quelle réalisme parle-t-on ?

Serait-il le réalisme du président Macron évoqué dans son discours sur la dissuasion le 7 février 2020, assurant qu’il fallait avec les Européens développer une culture stratégique et pratiquer des exercices de frappes nucléaires ? Ce réalisme ne constitue-t-il pas une étape supplémentaire ?Ne fait-il pas encore davantage, le lit de la prolifération nucléaire ?

Ceux qui pensent que le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires n’aura aucun impact sur les pays nucléaires non-signataires du traité ne tiennent aucun compte de la réalité du monde de ce XXIe siècle et de ses interdépendances.

Les effets de l’entrée en vigueur du traité d’interdiction des armes nucléaires vont certainement être politiques, diplomatiques, juridiques, stratégiques, éthiques et financiers. D’importantes institutions financières se refusent déjà à investir dans le secteur de l’armement nucléaire par suite de l’adoption du traité par l’ONU.

Patrice Bouveret, directeur de l’Observatoire des armements, Co-porte-parole de IcanFrance disait : « le déni d’ouvrir le débat sur la dissuasion nucléaire ne peut que renforcer l’instabilité et l’insécurité. »

L’année 2021 est donc le début d’une nouvelle ére pour l’humanité où les armes nucléaires seront illégales au regard du droit international. Ce traité va fonctionner pour engager le désarmement nucléaire, renforcer la lutte contre la prolifération nucléaire, prendre en compte l’environnement pollué par les essais nucléaires et assurer aux populations victimes de ces essais une assistance sanitaire.

Bonne nouvelle donc pour l’Algérie et aussi pour nos compatriotes victimes des essais nucléaires français.

Nos autorités doivent saisir cette énorme opportunité pour exercer des pressions sur la France, pour non seulement assurer une assistance sanitaire des populations des régions contaminées mais aussi pour obliger la France à dévoiler où étaient enterrés les déchets composés de matériaux contaminés, laissés volontairement sur place.

A bon entendeur

Docteur Rafik Alloui

 

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