Entre le dialogue et la suspicion : Tebboune secoue le hirak

Comme par enchantement et au lendemain de la présidentielle , le hirak se découvre des représentants qu’ il n’a pourtant jamais demandés . Pire encore, il a toujours opposé un niet catégorique à toute tentative déclarée en son sein visant à parler en son nom .

Depuis le 22 février, il s’était établi une ligne de conduite aussi intrigante que suspecte : interdiction absolue d’essayer de prononcer le moindre discours au nom du mouvement populaire .

Sans connaître véritablement les tenants de cette interdiction, ses auteurs , ni  ses objectifs, elle demeurera pourtant scrupuleusement respectée.

Aucun activiste politique ou autre personnalité phare du mouvement n’osera se risquer à  enfreindre cette règle aux auteurs non identifiés.

La discipline si tant est que l’on puisse la considérer ainsi fut imposée à tous.

Le mouvement populaire se voulant un cri de colère, avançant sans têtes ni leaders a dû payer un lourd tribut au bout de 10 mois d’expression pacifique et de mobilisation grandiose.  Il est demeuré dans une dimension nationale, toutes les régions du pays étant associées à la dynamique.

Toutes les arrestations, le lot d’incarcération de figures actives et de jeunes manifestants coupables de port d’embleme amazigh, bravant l’interdiction décidée par le commandement militaire, ne suffiront pas à éteindre la flamme du mouvement.

L’union s’est avérée solide, plus forte que toutes diversion ou tentatives de division .

Le hirak obéissant à la logique du  » degagisme  » par lequel un courant s’entête à demander le départ de tout le système finit par se prendre dans son propre jeu et à subir les premiers coups de sa propre obstination à tout rejeter.

Il « ratera » l’offre de dialogue en ouvrant la voie au pouvoir qui s’en ira installer sa propre commission en choisissant les acteurs qui conviennent à sa feuille de route.

Curieusement le hirak a donné au pouvoir l’argument suffisant pour engager le dialogue avec ceux que ce  dernier a lui  même choisis .

Occasion est donnée au système de produire ses interlocuteurs.  Belle aubaine qu’ il ne pouvait rater.

S’en suivra la commission de Karim Younes qui ira à son tour donner naissance à l’autorité nationale indépendante des élections présidentielles présidée par Chorfi.

Pris de vitesse, le hirak maintient son refus et oppose un niet aux offres lancées par le président de l’instance des élections.

Entre temps , le mouvement populaire est vidé de toutes voix influentes, celles qui portent et qui peuvent aux yeux du régime, constituer une menace politique au cas où ces personnalités auraient l’idée de se porter candidats aux élections .

Dans le plan, les Karim Tabbou, Boumala et compagnie ont été éliminés et opportunément mis hors course afin que l’élection puisse se dérouler sans prendre le risque de voir s’y greffer ces opposants dont le poids commençait à se ressentir.

La feuille de route a au bout du compte permis au régime d’atteindre ses objectifs .

Des élections ont eu lieu à l’échéance voulue et un président de la république en est sorti vainqueur en dépit du taux d’abstention inédit.

Abdelmadjid Tebboune n’a pas eu les voix souhaitées mais sa légitimité est néanmoins reconnue par les principaux souverains et présidents de puissances étrangères.  De la Russie, aux États unis en passant par des pays européens et ceux du Golfe.

Ce qui porte un sérieux coup au crédit du mouvement populaire, les enjeux et intérêts stratégiques entre pays semblent avoir primé.

Le soutien international tant escompté vole en éclats, emporté par le lobbying du business intervenant dans la reconfiguration des positions étrangères au gré de leurs enjeux économiques .

 

Le hirak perd la voix.  Et s’égare dans sa voie.

Première sortie de Tebboune, il fait une offre de dialogue.  Premières secousses dans les rangs du hirak et des fissures se manifestent en son sein pour laisser apparaître des têtes prêtes à sauter sur l’occasion .

Curieusement des « personnalités » fabriquées à partir du néant et suggérées comme membres actifs dans le hirak commencent à sortir du brouillard et s’erigent en guides de la marche.

On les retrouve abonnés et chaleureusement invités des chaînes télés , celles là mêmes qui boycottent le cri de la rue et qui s’ouvrent volontiers à ces  » représentants  » auto-désignés.

Face au dilemme du dialogue, L’offre du nouveau président de la république est en passe de diviser les rangs de ce mouvement et d’opérer une décantation qui devait intervenir à un moment où à un autre .

Pourquoi avoir refusé le dialogue version Gaid Salah et tenter de l’accepter sous la version de Tebboune ? Est ce parce que les figures clés du hirak sont mises hors course que certains y voient déjà l’occasion de se positionner ?

Y-a-t-il eu finalement manipulation des masses et orientation de l’opinion au sein même du hirak par quelques calculateurs avertis dont l’opportunisme a trouvé bonne matière à travers le cri du mouvement ?

 

Pourquoi ne pas avoir évoqué le dialogue avant l’emprisonnement des figures symboliques du hirak ?

Désormais la suspicion est de mise.  Même l’élan démocratique auquel en appellent certains au sein du mouvement est réduit à une lointaine vue de l’esprit dans la mesure où le simple avis contraire porté dans le moindre débat est aussitôt jugé comme trahison et son auteur qualifié de tous les noms d’oiseaux.

C’est dire que la situation se complique et nous sommes déjà trop loin de l’unanimité magistrale autour de l’objectif initial.

ABN

 

 

 

 

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