Crise politique : l’échec prémédité

Par Docteur Rafik Alloui

le 38 eme vendredi de protestation populaire en Algérie, marquait  aussi la 20 eme sortie  depuis l’expiration, du délai d’intérim de quatre-vingt-dix jours à la tête de l’Etat, assuré par le président de la Chambre haute, Abdelkader Bensalah.

En vertu de l’article 102 de la Constitution, le mandat de M. Bensalah est donc arrivé officiellement à son terme.

Elu par les deux Assemblées après la démission d’Abdelaziz Bouteflika, il devait assumer l’intérim pendant quatre-vingt-dix jours, le temps d’organiser une élection présidentielle, prévue le 4 juillet, rejetée par la population qui en a empêché sa tenue.

Anticipant le crash institutionnel à venir, le Conseil constitutionnel avait,nous dit on, trouvé la parade : la mission du chef de l’Etat intérimaire étant « l’organisation de l’élection présidentielle », il resterait donc en fonction, jusqu’à ce que scrutin s’ensuive.

Mais dans les faits, depuis le 9 juillet, la couverture légale des responsables de l’Etat a disparu : un président intérimaire en situation d’illégalité, une autorité publique sans légitimité.

En plus de ce fait établi et imposé il y a une perte de légitimité lorsque le doute à l’égard de l’autorité  se généralise et que la population commence à remettre en question la confiance qu’elle avait placée dans les autorités.

Cette profonde remise en question s’exprime par le manque de respect que les manifestants affichent de plus en plus ouvertement ces dernières semaines à l’égard du pouvoir qui, jadis a bénéficié d’un grand respect des citoyens lorsque promesse leur a été faite au début du hirak d’appliquer les articles 7 et 8 de la constitution.

D’autres raisons importantes du décrochage citoyen,c’est cette obstination à vouloir aller à une élection présidentielle dont le peuple, il faut le rappeler n’a jamais été contre avec :

1/un semblant de dialogue, une autorité électorale mise en place par une loi élaborée et approuvée à la hâte,et surtout avec des autorités illégitimes qui font fi de l’article 104 de la constitution en proposant des lois stratégiques telles que la loi sur les hydrocarbures ou encore la loi sur les procédures pénales qui non seulement sortent de leurs prérogatives mais, nécessitent une mûre réflexion après les élections présidentielles.

2/ l’inégalité des chances entre les candidats à la présidentielle en matière de légalisation des formulaires : les uns disposaient de soutiens de leurs partis aux niveaux des communes qui leurs ont facilité la tâche et les autres qui ont manqué d’appui aux niveaux de ces même communes ont eu du mal à réunir le nombre requis de formulaires.

Cela nous a engendré cinq candidats tous issus du même système de Bouteflika rejeté par le peuple depuis le 22 février.

Si on avait voulu donner la même chance pour tous, on aurait tout simplement laissé les notaires seuls habilités à légaliser les formulaires pour tout le monde.

Dans mon dernier article paru dans le même journal le 29 octobre denier intitulé ‘’ une somme d’erreurs et autant d’interrogations ‘’ j’avais mentionné plusieurs erreurs stratégiques, et que si on les avait évitées le problème aurait été réglé depuis longtemps.

J’avais terminé par la question suivante : a-t on calculé les conséquences ?

Aujourd’hui encore d’autres erreurs s’ajoutent et le bras de fer commence à s’installer, lequel, sans nul doute fera le bonheur des ennemis internes et externes de notre chère Algérie arrosée par le sang de nos martyrs.

Encore une fois je repose la même question :

A-t-on calculé les conséquences ?

A bon entendeur

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