À la veille des présidentielles : 3 candidats sous une table de 5

Sur les cinq candidats en course à cette élection présidentielle, les noms de Benflis , Tebboune et Mihoubi concentrent l’essentiel des paris .

Si au tout début, le candidat Tebboune  a été admis par les observateurs comme favori en raison de ses supposés  liens privilégiés avec la hiérarchie militaire, un autre nom est venu s’imposer sur la scène par la grâce de certaines manoeuvres ,pas toujours accessibles au commun des mortels .

Mihoubi , l’ancien ministre de la culture, est propulsé aux premiers rangs des favoris du pouvoir actuel . Par un effet de la magie de ceux aux commandes, Tebboune est vite effacé, grillé par un scandale touchant ses proches , une condamnation de l’un de ses bailleurs de fonds supposés et surtout par la présentation de son fils devant les juges en pleine campagne électorale.

L’ex premier ministre qui avançait avec assurance sera également mis en difficulté après la désertion de son illustre directeur de campagne, ancien diplomate reconnu, Abdellah Baali.  Ce dernier jette l’éponge et surtout ouvre la voie à de graves spéculations sur la crédibilité du candidat.  Tebboune serait lâché par les sponsors et soutiens militaires .

La rumeur et les mésaventures le suivront tout au long de sa campagne . Son nouveau directeur de campagne, ancien directeur de cabinet tombe malade et sera inapte pour la mission.

Le coup dur viendra des supputations les plus folles qui le donnaient trop proches des milieux du business douteux . Il est vite montré du doigt par un site d’information et surtout la chaîne Ennahar TV qui déploie son journal, le montrant aux côtés de certains hommes d’affaires au parcours douteux.

Sa proximité avec l’argent sale qu’ il s’était engagé à combattre est vite suggérée par ces médias qui remontent jusqu’ en 2017 du temps où Tebboune était premier ministre.

On le soupçonne de vouloir éliminer des oligarques de l’heure pour les remplacer par d’autres . La campagne de L’ex premier ministre en subira les conséquences mais il parviendra à faire tourner la manoeuvre en sa faveur.  Pour se défendre, il laissera entendre que sa démarche contre la corruption a semé la panique au sein des cercles mafieux qui continuent d’agir afin de l’éliminer.

Les attaques qu’ il subit tournent à son profit  et donnent du crédit à celui qui a été débarqué par le système Bouteflika au bout de trois mois à la tête du gouvernement.  Il était en guerre contre l’argent sale d’un clan qui faisait tourner la politique du pays au gré de son business .

Tebboune , le candidat ne se laisse pas abattre et continue d’affirmer qu’ il est là pour servir le peuple et répondre aux attentes du hirak.

Les opportunistes l’entourant durant cette campagne ne le voient pas de cet oeil et font défection.  Ils iront retrouver le clan de Mihoubi devenu du jour au lendemain, le favori numéro 1 suivant les bruits « sûrs » , venus de nulle part , mais en tous cas des hauts lieux .

La nouvelle direction du FLN lâche Tebboune, enfant du parti où il est toujours membre du comité central et jette son dévolu sur le patron du RND, Azzedine Mihoubi.

À quelques jours du scrutin, instruction signée des mains du secrétaire général du FLN est donnée aux militants et cadres du parti afin de voter Mihoubi.  La base ainsi que plusieurs responsables du FLN se révoltent de cette directive et se promettent de passer outre les instructions . Ils annoncent être fidèles à Tebboune et s’engagent à le soutenir.

Au milieu de ces cartes brouillées, certaines voix feront ressortir quelques anciennes affaires pour démolir Mihoubi qui gagne sa semaine du candidat en costume de président. Son passé de ministre de la culture sera fouillé par ses détracteurs . Il est accusé d’être politiquement inapte à la mission qu’ il convoite et jugé incapable de diriger les hommes, lui qui n’a pu prendre le dessus sur ses subordonnés au ministère de la culture.  On l’accuse de dépenses superflues et de clochardisation du secteur , préférant le carnaval aux vrais chantiers des arts et de cinéma.

Mihoubi , le poète , comme on se plaît à le designer manifeste une ambition qui le dépasse de  » très loin.  Il ne connaît rien ni à la politique et encore moins aux relations internationales ou l’économie  » .

Pourtant à 24 heures de ces élections, il reste favori suivant ces critères venus d’un cercle impénétrable.

Mihoubi n’est pas connu pour être un parfait bilingue, contrairement à Tebboune et Benflis.

Les deux anciens premiers ministres partent crédités de cette expérience et de cette aisance à la communication. Dans les deux langues.

Benflis version 2019 est un homme qui donne l’impression d’avoir suivi des cours de communication, segment dans lequel il excelle , livrant débat sans gêne, en tous lieux et sans tabous sur toutes questions improvisées.

Sereinement il a mené une campagne émaillée au départ par des incidents dans les villes qu’ il a eu à visiter, avec à la solde des arrestations de manifestants.

L’homme qui affiche un programme  » puisé des cris du hirak  » prône le régime semi parlementaire ou semi présidentiel avec renforcement des pouvoirs de contrôle au profit de l’assemblée.  Il appelle à une économie de marché où le social sera au coeur de la philosophie.

L’élan de Benflis, prétendant pour la 3 ème fois à la mission suprême est brisé au lendemain de la clôture officielle de la campagne.  Celui qui a osé défier Bouteflika quand ce dernier était au sommet de sa puissance , en 2004 et en 2014 verra son nom associé à une sombre affaire de compte bancaire et surtout de proximité supposée avec un espion ayant gravité autour de ses équipes.

Benflis réagit et prend à témoin l’opinion sur ces desseins qu’ il évoque , expliquant que le timing choisi pour tenter de le discréditer renforce sa conviction sur la justesse de ses pas et sur la nécessité de poursuivre son action en faveur des élections.

Benflis n’est pas donné favori . Une certaine opinion pense que le personnage n’agree pas beaucoup de monde dans la sphère dirigeante, notamment celle qui tire les ficelles.  Il est dit que l’on se méfie de lui car il serait très peu enclin aux compromis.

Pour autant, il peut aussi avoir été choisi pour son âge, son expérience et son atout de juriste qui a connu et pratiqué le pouvoir.  Il a bel et bien été un opposant au  » monstre  » et à son système.  Ce point pourrait lui être précieusement retenu.

Benflis ressemble à celui que l’on a négligé , effacé et même diabolisé. Il peut aussi ressembler au président choisi .

L’urne sera juste un alibi , un outil de scrutin .

Autour de ces scénarios, le rejet populaire des élections ne cesse de gronder . Cette semaine a été marquée par une mobilisation sans précédent dans plusieurs villes du pays . Le niveau de boycott risque de surprendre jusqu’à en constituer un taux inédit.

Le futur président sait déjà qu’ il ne gagne pas sa légitimité pleine et totale . Il sera lourdement démuni.

ABN

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