Petite indélicatesse de societé: La tante et la chaussure de la mariée…

 

Ma tante est vraiment trop franche, trop directe frôlant parfois l’indélicatesse.

Elle pourrait dire à un bossu de ranger sa gibbosité  .

Mais bon, on ne choisit pas sa famille !

Elle me rend visite rarement mais étrangement est au courant de tout ce qui se passe chez moi et autour de moi .

Ma mère m’a tellement harcelée  que j’ai fini par l’inviter à passer quelques jours chez moi tout en priant le tout puissant qu’après son départ les voisins continueraient à me saluer.

 

Tout a été très vite , trop vite à mon gré ; le temps de garer ma voiture , elle s’extirpa allégrement et  s’engouffra dans mon immeuble .

Au premier étage ça n’a pas raté : elle se retrouva nez à nez avec la voisine du 4eme qui dévalait les escaliers ! «  Bonjour dit la jeune femme, cela fait longtemps qu’on ne vous a pas vu khalti !  » .

J’arrivais derrière, chargée de victuailles et tempêtais déjà contre ma voisine qui n’aurait  jamais du s’arrêter .

Ma tante s’interposa carrément et bloqua le passage. « Ah bonjour, dit-elle : j’espère que tu as trouvé enfin chaussure à ton pied ! » La jeune femme répondit poliment  qu’elle était encore célibataire. Je tentais maladroitement d’alléger l’atmosphère devenue soudain  lourde en jetant un adage du style «  vaut mieux être seule que mal accompagnée ».

 

À la maison, j’ai un peu sermonné ma tante, lui faisant comprendre qu’il ne fallait pas  remuer le couteau dans la plaie, que c’était déjà difficile pour ma voisine  de ne pas trouver de mari et que cette allusion à la chaussure était des plus déplacée.

Elle partit d’un grand rire, ôta son foulard, déposa son énorme sac à main qui contenait sa vie et se lança dans une diatribe dont elle avait seule le secret :

« Pour sûr que le mari est comparable à la chaussure : s’il est trop grand pour toi tu le perdras en chemin, si au contraire il est trop petit, tu en souffriras toute ta vie ; il te serrera, te blessera ; tu seras couvertes de cors et tu ne pourras pas avancer ; de douleur tu préféreras faire du sur- place et  tu ne trouveras la sérénité qu’en te déchaussant ! S’il est de ta pointure tu ne souffriras pas, tu pourras traverser la vie et tu auras bon pied bon œil !

 

S’il est trop luxueux pour toi, il finira par fréquenter des lieux plus appropriés ; s’il est trop pauvre  ou trop abimé , les gens te mépriseront ! S’il est trop haut, tu auras mal au dos ; s’il est trop plat tu en auras marre de sa platitude .

Horrifiée par de tels propos  mais sachant intérieurement qu’elle n’avait pas tort, je lui sortis  l’histoire de son défunt mari   et lui posa la question  qui fâche : «  alors il était comment ton mari que dieu ait son âme ? Adidas de qualité ou chinois de contrefaçon ?

Elle me lança un regard noir et je regrettais déjà mon outrecuidance ; je la voyais déjà remettre son foulard et appeler  un taxi pour la ramener chez elle .Je commençais à chercher comment m’excuser quand je l’entendis me dire calmement : Pas assez solide pour tenir la  route.

Si vous me rencontrez avec ma tante, de grâce,  ne vous arrêtez pas !

NADIA.T

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