Nouveau gouvernement, entre la raison et l’intérêt : le risque économique de Tebboune

Abdelmadjid Tebboune a désormais son équipe au complet .  Le gouvernement qu’ il a nommé ce jeudi autour du premier ministre Abdelaziz Djerrad est déjà convié à un premier conseil des ministres pour Dimanche prochain .

Apparemment le président ne veut pas perdre de temps, ce qui pourrait d’ailleurs expliquer quelque part la composante de cet exécutif où se mêlent d’anciens noms ayant servi sous Bouteflika et Bensalah et l’arrivée néanmoins de nouvelles têtes dans un contexte de défis majeurs à tous les niveaux .

Le temps a-t-il fait défaut pour prospecter davantage ou bien fallait il plutôt privilégier le maintien de certains ministres d’expérience à des postes clés afin d’assurer du moins une certaine continuité et éviter de perturber les engagements déjà lancés, à l’instar du département de l’énergie ou de celui des affaires étrangères ?

À première vue, il y a pléthore dans les effectifs qui affichent pas moins de 39 membres dont 5 femmes ,7 ministères délégués et  4 secrétaires d’Etat.

Sans grande surprise, le maintien de l’homme des dossiers , Belkacem Zeghmati au département de la justice confirme la poursuite des grands procès contre la corruption , du moins selon ce que Tebboune déclarait tout au long de sa campagne.

Le poste de vice ministre de la défense a bel et bien sauté dans ce gouvernement où l’on notera l’absence d’un ministère de l’économie alors que l’urgence est également censée être orientée sur la relance de la machine économique comme le soutenait le président lui même.

Le président de la république qui est également ministre de la défense, chef suprême des armées conformément aux attributions constitutionnelles, voudrait apparemment mettre sous sa coupe directe le volet de l’économie.  Le fera-t-il par recours à des conseillers et autres experts directement rattachés à la présidence ?

Cela dit , la nouvelle loi sur les hydrocarbures semble agréer le président qui a décidé de reconduire le ministre de l’énergie farouche défenseur des réformes engagées dans le secteur .  La configuration économique renvoyée par le nouveau gouvernement permet aussi de noter l’éclatement du ministère du commerce. En effet à ce département est venu se  greffer , un ministère délégué chargé du commerce extérieur.

Cela renvoie également sur l’importance qu’ accorde le président aux importations du pays qu’ il a toujours dénoncées et considérées comme un vecteur de fraude et de déstabilisation de la production nationale.

La création de ce département renseigne sur la nouvelle feuille de route qui se prépare et qui devrait se décliner sous la forme de nouvelles dispositions à venir pour tenter de contenir les flux financiers produits par ce segment et dont la sécurité  des réserves de change actuelles dépendent totalement.

Des verrous à l’importation ne sont pas à exclure si l’on se fie à la philosophie du président.

Toujours en matière économique, Tebboune donne une seconde chance à Abderrahmane Raouya à la tête des finances.  Ce dernier, ancien directeur général des impôts a occupé le même département sous Bouteflika.

Il était prévisible que Mohamed Loukal soit remercié, lui qui avait été patron de la BEA avant de gagner la banque d’Algérie comme gouverneur  pour finir ministre des finances . Pour rappel, Tebboune s’était plaint de cette rétention de l’information que lui opposait la banque d’Algérie en 2017 alors qu’ il était premier ministre .

Des ministres rappelés, d’autres reconduits alors que de nouveaux noms font leur entrée.  Il est vrai que le choix a été porté sur des diplômés, des chercheurs à l’instar du professeur Chitour, mais est ce pour autant suffisant pour faire face à la dure réalité ?

Tebboune a vraisemblablement essayé de réussir un mariage entre la raison et l’intérêt.  Un chercheur ou scientifique à l’excellence avérée ferait il forcément un bon ministre ou un politique à même de rendre service à la communauté ?

Au chapitre de l’industrie, le choix a surpris les observateurs . Ferhat Ait Ali, connu pour être surtout fiscaliste et souvent présenté par les télés comme expert se voit confier ce lourd département .  Il devra traduire ses ” interventions télévisées ” en actes de relance réelle pour une industrie qui peine à prendre forme . Le président l’avait lui même reconnu au cours de l’inauguration de la foire de la production nationale.  Il disait que ” nous n’avons pas encore d’industrie totalement algérienne ” .

Nouveauté : l’industrie pharmaceutique est dissociée du ministère de la santé, ce qui va constituer une première . Un ministère délégué sera chargé de développer cette branche en soulageant le département de la santé dont la mission devrait être prioritairement axée sur la gestion de la politique sanitaire du pays .

Enfin , un ministère dédié à la technologie numérique et aux starts up confié à un ministre âgé de 26 ans .

ABN

 

 

 

 

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