L’Algérie a raté sa richesse: Le tourisme , ce trésor caché, cette fortune ” gâchée ” .

 

 

Toute la problematique de la relance de ce secteur, son potentiel immense qui fait de L’Algérie, un réservoir réel en la matière est posée ici dans cette réflexion académique d’un expert avisé, reconnu au niveau international.  Le Docteur Rafik Aloui livre ici un travail de fond sur ce secteur et alerte les pouvoirs publics sur la nécessité d’explorer  ce gisement de valeur dont le pays pourrait tirer les meilleurs dividendes.

Critique objective et recommandations pour une relance de la destination Algérie.

 

L’Algérie a accédé à son indépendance en 1962 en plein essor mondial du tourisme, et contrairement aux autres pays du pourtour méditerranéen, malgré ses potentialités touristiques, notre pays n’a pas accordé au secteur du tourisme un rôle conséquent dans ses différentes politiques de développement.

Le modèle de développement retenu a, dans les faits, accordé une place négligeable à la promotion de ce secteur, bien que les orientations contenues dans les différents textes réglementaires soient en phase avec les recommandations internationales ; qui donnent au tourisme des missions en matière de création d’emplois, d’apport en devises et de satisfaction des besoins sociaux.

Le plan d’application pour un développement durable du tourisme présenté lors du sommet mondial pour le développement durable tenu en 2002 en Afrique du Sud, au cours duquel a été présenté le programme ST-EP (le tourisme durable, instrument d’élimination de la pauvreté) ,  L’OMT a préconisé essentiellement à tous les pays membre dont l’Algérie à mettre en œuvre un tourisme durable et à se conformer au concept d’évaluation mis en place par ses soins : le compte satellite du tourisme (CST)

Dans ce contexte, comment a évolué le tourisme Algérien ?

A-t- on pris en compte les prescriptions de l’OMT ?

Avec ces potentialités éminemment reconnues, l’Algérie s’est-elle dotée d’une politique touristique ?

Évalue-t-elle correctement ce secteur ?

Et, est-il géré de manière performante, avec le souci de l’adapter aux évolutions de la demande et de la concurrence internationale?

En réponse à ces questionnements nous pouvons avancer qu’en matière de tourisme et quel que soit le contexte dans lequel ce secteur a été inscrit au départ, les résultats de la politique menée en la matière ont été bien en deçà des objectifs fixés.

Pour ce qui est du tourisme durable, l’Algérie a mis en œuvre en 2008 un schéma national d’aménagement touristique (SDAT 2025) prolongé jusqu’à 2030 en conséquence de la rencontre des 14 et 15 décembre 2015, consacrées au schéma national d’aménagement du territoire (SNAT).

 

Ce schéma compte trois échéances : court terme (2009), moyen terme (2015) et long terme (2030), il montre comment l’État Algérien compte assurer dans un cadre de développement durable, le triple équilibre de l’équité sociale, de l’efficacité économique et de la soutenabilité écologique, à l’échelle du pays tout entier.

Parmi les cinq lignes directrices qui constituent les orientations stratégiques du SDAT 2030, figure l’objectif de garantir une bonne gouvernance territoriale en matière du tourisme.

Comment l’Etat Algérien compte-t-il  garantir une bonne gouvernance territoriale en matière du tourisme ?

Le SDAT ne répond pas à cette question, il mentionne simplement que : « L’État doit agir par le perfectionnement des moyens d’intervention et définition des outils et dispositifs lui permettant de mettre en œuvre ses politiques publiques et de les coordonner avec le secteur privé, qui assure progressivement l’essentiel du développement du système productif ».

Le terme « outil » est bien évoqué, mais s’agit-il d’un compte satellite du tourisme, concept classique proposé par L’OMT, limité aux seuls aspects comptables ?

Cela peut-il régler le problème de la gouvernance ?

Les deuxièmes assises nationales du tourisme qui se sont tenues les 14 et 15 avril 2013 ont été consacrées à la présentation d’un bilan du secteur de 2008 à 2012 et les perspectives de 2015.

Lors de ces assises le ministre du tourisme de l’époque a déclaré implicitement, que les objectifs à moyen terme de la stratégie du SDAT basée sur les pôles d’excellence comme levier de développement territorial ne sont pas atteints, en notant que 85% des projets du secteur sont réalisés en dehors des ZET et 98% du foncier aménageable des ZET est resté vierge. « Nous sommes encore au début du chemin », ajoute le ministre qui souligne clairement qu’il faudrait désormais « revoir notre stratégie et certaines lois ».

 

Un investissement privé de 220 milliards de DA dont 25% proviennent d’investisseurs étrangers en majorité Arabe est injecté dans le secteur jusqu’à l’année 2012, soit près de 2.5 milliards de dollars, pour la concrétisation de 713 projets dans la perspective de mettre sur le marché quelque 82.000 lits, et créer presque 40 000 emplois a fait savoir le ministre, qui avoue cependant que parmi les projets susmentionnés 405 sont « bien avancés » avec un taux de 60%.

Ces 405 projets ambitionnent la création de 50 000 lits et presque 22 000 emplois, qui engagent des investissements à hauteur de 200 milliards de dinars en 2015, soit près de 2.4 milliards de dollars.

Le reste des projets sont soit à l’arrêt soit ne sont pas encore lancés : 120 projets ont vu les travaux arrêtés à mi-chemin faute d’investissement alors que 188 autres projets n’ont jamais démarré pour cause d’absence du plan d’aménagement dans les régions d’extension touristiques.

Le ministre indique qu’il existe actuellement 205 ZET promulgué par décret exécutif, leur superficie avoisine les 54.000 hectares, soit un plus de 5500 hectares par rapport à 2008 ; 39 autres sont en cours de déclaration au niveau du secrétariat général du gouvernement.

Elles doivent être décrétées très prochainement selon le ministre. Ces espaces sont destinés exclusivement à l’investissement touristique, mais pour le moment sur le nombre global de ces ZET, il y a uniquement 22 plans d’aménagement touristique (PAT) qui ont été réalisés et doivent être approuvés par décret. Pour les autres, soit leurs PAT est en cours de réalisation soit n’ont pas encore été lancés, chose qui a freiné l’investissement touristique à l’intérieur de ces ZET.

De ce qui précède, et à partir de l’analyse critique effectuée sur la première échéance du SDAT nous pouvons conclure ce qui suit :

1/Les cinq dynamiques qui englobent la stratégie de développement touristique de l’Algérie font ressortir qu’aucune méthode managériale n’est prévue pour atteindre les objectifs fixés, cela est à notre avis la raison majeure du bilan négatif de l’étape sur laquelle est basée le SDAT de l’Algérie.

2/ L’effort de l’Algérie est visible à travers le nombre de projets inscrit depuis la mise en place du SDAT pour le développement du tourisme, mais, nous relevons que cet effort est souvent relié au simple rôle d’encouragement et d’incitation de financements de projets privés nationaux en majorité, qui une fois retenus se trouvent confronter aux lenteurs de procédures de mise à disposition d’assiettes foncières.

L’échec constaté de la première échéance 2015 consacrée à la mise en tourisme, a incité les pouvoir publics Algériens à se donner le temps pour corriger les insuffisances en prolongeant le SNAT et SDAT pour 2030.

La troisième halte sous forme d’assises nationales qui s’est opèrera le 2 et 3 février 2019 pour évaluer dix années de mise en œuvre du SDAT, après la première évaluation d’étape qui a commencé en 2008, soit cinq années après son adoption par le gouvernement, consiste en “l’analyse des différentes réalisations, projets et programmes touristiques et leurs impacts sur l’industrie touristique nationale”, a expliqué la même source.

Ces assises devraient permettre l’élaboration d’un “plan d’action opérationnel pour la mise en tourisme de l’Algérie” en vue de “promouvoir une économie alternative et de substitution aux hydrocarbures”.

Cette mise en tourisme, objectif de ces assises devrait se fait en principe au terme de l’étape moyen terme, par le lancement de 80 projets touristiques dans 6 pôles touristiques d’excellence. Serait-elle sur la base prévue selon le SDAT que 5986 lits seront réalisés et 8000 emplois en perspective seront créés par la concrétisation de ces projets en 2015 ?

De plus, les projets prioritaires identifiés dans le cadre du « SDAT » pour l’étape moyenne terme qui sont des hôtels de chaînes : le nombre de lits toutes catégories confondues sont de 29.386 lits. Une vingtaine de villages touristiques d’excellence (VTE) et de nouvelles plates-formes intégrées dédiées à l’expansion touristique et qui sont conçues à la croisée de la demande internationale et de la demande nationale. Ces projets sont-ils lancés ?

En général :

1- La stratégie du SDAT qui ont  été discutée encore une fois pendant ces troisièmes assises est articulée autour des sept pôles d’excellence. Ces pôles d’excellence remplissent deux missions : 1- Structurer le territoire Algérien dans les zones de ces pôles ; 2- Faire émerger la destination Algérie en travaillant son image dans le cadre d’une politique volontariste, inscrite indiscutablement dans le cadre du développement durable

2- Les pôles d’excellences touristiques selon le SDAT, permettent un maillage du territoire impliquant : 1- Une organisation et une structuration des espaces touristiques. 2- Le développement de l’économie touristique de l’ensemble du territoire.

La question qui se pose : Ces troisièmes assises nationales qui se sont tenues le 2 et 3 février 2019 ont-ils fait une évaluer sur la base des objectifs assignés au SDAT ? la réponse est non bien évidement et comme preuve, nous relatons par se qui suit les recommandations qui ont sanctionnées ces travaux :

Au terme des travaux de ces assises, les participants ont préconisé notamment :

  • La réactivation du Fonds de promotion touristique, ainsi que la dotation des directions du tourisme et de l’artisanat au niveau local, de moyens nécessaires pour le développement d’actions de promotion de ce secteur.
  • D’engager des actions de communication et d’information visant à « améliorer l’attractivité des destinations nationales et locales à travers un plan communication selon les normes et techniques modernes ».
  • Il a été recommandé de redéfinir le rôle de l’Office national du tourisme et le doter en « moyens financiers et en compétences appropriées », ainsi que le redéploiement des missions de l’Office national algérien du tourisme de sorte qu’il soit « plus agressif » au plan commercial.
  • La redynamisation du rôle du mouvement associatif, ainsi que l’implication des professionnels et du citoyen dans le développement et la protection des ressources touristiques locales, ont été également soulignées, de même que le renforcement stratégique du partenariat public-privé dans les activités touristiques.

Cette rencontre a été, en outre, sanctionnée par l’adoption de recommandations inhérentes à la création :

  • D’une « marque Algérie » qui sera déclinée au niveau local, l’intégration des critères de durabilité s’agissant des destinations nationales et régionales, la réalisation d’études de marchés sur l’offre et la demande, ainsi que la restructuration des projets touristiques en rapport avec les spécificités locales et la nature de la demande.

Les animateurs de ces assises ont, d’autre part, appelé :

  • À la modernisation et la spécialisation des formations dans les métiers du tourisme et de l’artisanat, à l’instar du management touristique, ainsi que le renforcement de la coopération entre les établissements nationaux de formation et les grandes écoles internationales.

Les participants à ces assises ont, par ailleurs, préconisé :

  • Le passage du concept de zones d’expansion touristiques (ZET) à celui de « destination territoriale », de même que la valorisation du potentiel touristique de chaque territoire en le traduisant en « produit touristique labellisé », tout en privilégiant « les produits écotouristiques et éco-responsables ».
  • L’intégration des activités liées au thermalisme et au tourisme culturel a également été évoquée à la clôture de cette rencontre, au même titre que le recours aux nouvelles technologies pour encourager l’essor de ce secteur, à l’instar de la généralisation de « E-payement ».
  • S’agissant de l’investissement étranger, les recommandations ont suggéré de donner « plus de visibilité » à cet aspect, tout en insistant sur la facilitation des procédures, à travers des « fiscalités encourageantes ».
  • Les participants ont appelé, par la même occasion, à la diversification du partenariat étranger afin de bénéficier de l’expertise internationale dans la gestion de ce secteur qui représente pour l’Algérie « une des meilleures alternatives à la dépendance énergétique ».

Comme on peut le constater par ce qui précède, ces assises supposées discuter les insuffisances qui on faillit à la mise en tourisme prévue par la première échéance, ils ont versé dans des généralités qui devrait venir en simple appuis aux solutions managériales scientifiques et par-dessus tout ils recommandent de faire appel à l’aide internationale dans la gestion du secteur du tourisme, alors qu’il existe des compétences nationales qui ne demandent qu’à être sollicitées.

Depuis 2008, l’Algérie cherche à se conformer aux recommandations de l’ OMT en essayant de se doter d’un compte satellite du tourisme avec l’aide d’une expertise internationale, et réaliser un tourisme durable mais en vains, alors qu’ une réflexion scientifique a été proposé sous forme d’une thèse visant à proposer une nouvelle approche dans le but de doter l’Algérie d’un instrument de gestion stratégique, réalisé à partir d’une réalité locale, prenant en compte la trilogie : concept évaluation gestion, reposant sur la direction par objectifs pour démontrer que : Compte satellite du tourisme + Direction par objectifs = instrument stratégique de gestion touristique (CSTT + DPO = ISGT).

Ce travail de recherche a mis l’accent sur l’importance du compte satellite du tourisme en tant que concept d’évaluation, mais au même temps il a identifié plusieurs aspects limitant ce concept que l’OMT reconnaisse a travers les conclusions de la recherche.

L’analyse critique du SDAT 2030 engagée par la recherche a démontré sa non-conformité avec les règles de management stratégique pour atteindre ses objectifs. Le constat négatif des premières assises sur le tourisme tenu en 2012 pour évaluer la première étape 2009-2015 en est la preuve.

L’évaluation générale faite en 2015 sur le tourisme a dressé encore une fois un constat négatif et l’Algérie continue de se donner du temps en prolongeant le SDAT à 2030.

Pour résoudre le problème, la recherche a présenté un système opérationnel basé sur une démarche de management stratégique territoriale ayant pour finalité :

I/ la conception et l’implémentation d’un compte satellite de gestion touristique pour l’Algérie (CSGT) contrairement à la logique purement comptable du CST en agissant sur l’offre pour tirer vers le haut la consommation par la demande.

II/ l’instauration d’un tourisme durable en impliquant tous les acteurs dans une gouvernance territoriale.

Ces actions organisées telles que ces assises, suivies de déclarations faites par les autorités chargées du tourisme, démontre clairement une volonté politique pour réaliser les objectifs du SDAT, entant que composante du SNAT 2030, mais cela est-il suffisant ?

La recherche soutenue en septembre 2016 à l’Université Sofia Antipolis de Nice, intitulée compte satellite du tourisme et direction par objectif : le cas de l’Algérie, propose une réforme managériale scientifique qui suppose de reformuler l’équation de la place et le rôle qu’aura à l’avenir le secteur du tourisme dans notre pays au lieu et place de chercher constamment à perdurer dans les rentes des hydrocarbures conventionnelles et non conventionnelles tels le pétrole et gaz de schiste.

Cette thèse sectionnée par l’unique doctorat en administration des affaires en Algérie (DBA) a été mise à la disposition du ministère du tourisme au l’lendemain de sa soutenance en 2016.

A bon entendeur.

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