Entre les erreurs du Hirak et l’intransigeance du pouvoir , L’Algérie se cherche une voie

Il ne dit pas faux quand il affirme que la majorité des Algériens adhère au principe des élections présidentielles.

Le général Gaid Salah omet surtout de mentionner que les algériens refusent toute implication ou association de l’actuel premier ministre dans l’organisation du scrutin projeté.

La problématique soulevée réside à ce niveau et non pas dans le principe des élections.  Et au regard de ce qui s’apparente à un forcing sur cette voie , il y a le spectre d’un boycott généralisé des futures élections si d’ici là, des mesures raisonnables, des concessions réelles ne sont pas mises sur la table pour envisager la solution à la crise .

Beaucoup d’activistes reprochent au Général son ton imperatif et l’autorité indiscutable qu’ il manifeste à l’occasion de ses discours dont certains y voient des ordres fermes formulés à l’adresse des Algériens.

Gaid invoque pourtant ses attributions constitutionnelles en vertu desquelles il s’investit dans la scène politique que d’aucuns considèrent comme un domaine réservé, interdit aux militaires.

S’agissant d’une situation exceptionnelle où pratiquement la désertion generale des responsables politiques a laissé montrer une fragilité dangereuse de l’ensemble des institutions du pays face à une rue bouillonnante, l’armée a pourtant dû inscrire son implication aux devants de la scène comme un devoir constitutionnel.

Le risque d’effondrement de l’Etat n’était il pas suffisant pour interpeller l’institution militaire ?

Aujourd’hui encore, l’entêtement du hirak dans son refus de se structurer et de dégager des représentants pour porter ses revendications a constitué une aubaine, un prétexte suffisant pour les tenants du pouvoir afin de reprendre leur souffle et se redéployer.

De pseudos experts, des chaînes de télés et mêmes des chefs de partis jadis promoteurs dociles de l’ordre Bouteflika ont retrouvé l’audace de se positionner et de s’afficher.

La contre révolution, l’anti hirak auront été les conséquences de cet entêtement à se contenter uniquement à occuper la rue , au lieu de s’investir politiquement comme force de la rue et des populations.  C’est à dire s’organiser comme puissance politique puisant sa force de cette formidable mobilisation. Il était plus qu’ indispensable d’en dégager des interlocuteurs crédibles.  Sinon , comme le montre l’actualité, le pouvoir allait se charger d’en trouver.  Il fabriquera des interlocuteurs à sa taille estampillés du sceau du hirak.

Ces défaillances ont également servi de bon motif sécuritaire, pour l’armée afin de sauter sur cette opportunité et tenter l’arbitrage.  Elle imposera ses règles et dictera la ligne de conduite au nom de ses missions de préservation de l’unité nationale et de la sécurité du pays.

En définitive C’est le hirak qui a fini par ouvrir les portes à l’institution militaire pour accéder sur ce terrain devenu trop imprécis et les cris de colère sont reconduits chaque semaine alors qu’il était attendu de transformer cet élan populaire en capital politique capable de peser et de faire changer davantage de choses.

La méfiance et le manque de lucidité politique ont empêché toute émergence de représentants de ce mouvement .

L’armée, et C’est de bonne guerre, tente de prendre de vitesse tout le monde en allant droit au but; les élections présidentielles, quitte à se donner de faux instruments et de piètres munitions , à l’image de cette commission de dialogue de Karim younes, qui n’est en définitive qu’ un sombre alibi destiné à la consommation internationale.

De son côté, le chef d’État major de l’armée donne l’image d’un décideur qui ne veut rien concéder à un peuple qui revendique dans la paix.  Gaid Salah est-il mal informé ? Ses conseillers lui fournissent ils les orientations objectives à même de traduire les réponses opportunes aux demandes de la rue?

A-t-on sous-estimé le poids et la qualité des revendications ?

Nous sommes loin. Très loin du 22 février.  Tant que les opportunistes d’hier ont renoué avec l’usage de la parole, le système ne fera que changer de costume même si des couleurs sont là pour le décor de la démocratie.

Dans cette crise, l’exceptionnel évident est dans la nature de ce faux dialogue engagé autour d’une foule d’acteurs inconnus dans le tourbillon populaire, celui que l’on était censé avoir autour d’une table saine et sereine. ..

ABN

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