Crise politique : les clés existent quand l’honnêteté est de mise

Par Docteur Rafik Aloui

Il est clair que  depuis le 22 février 2019, les revendications populaires ont évolué crescendos : du refus du cinquième mandat en passant par le rejet des figures du système, à l’appel pour punir ceux qui ont dilapidé les deniers publics en arrivant à une revendication principale : Un Etat de droit pour une Algérie libre et démocratique.

Il est clair aussi que nombreuses  sont les revendications qui ont été satisfaites jusque-là à commencer par l’annulation de l’élection présidentielle, l’élimination de la bande «  issaba » et voici maintenant de quoi éliminer le figures du système de l’opération électorale avec l’annonce officielle de la mise en place de l’instance électorale indépendante pour élire un président de la république.

Nous l’avons tant souligné,que cela pourrait constituer un début de solution à la crise, pour peu qu’une loi soit promulguée donnant pleins pouvoirs à cet organisme et détermine ses missions qui doivent s’étendre à la révision de la loi électorale, le contrôle des partis politiques et l’éducation de l’électorat.

Mais, élire un président de la république peut- il assurer à lui seul la réussite d’une transition vers la mise en place d’un Etat de droit libre et démocratique, principale revendication populaire ?

Georgina Sánchez López affirme, en parlant des démocraties d’Amérique latine, que « face à des évolutions aussi rapides qu’incertaines, des légitimités à construire, la démocratie reste à inventer avant de la perfectionner ».

Effectivement, la réussite de toute transition résulte d’une combinaison entre le respect et la mise en œuvre de grands principes sans lesquels il ne peut y avoir de démocratie.

Nathalie Cooren, explique dans un article intitulé « Transition démocratique d’un pays : quelques précisions théoriques » : que les transitions démocratiques ont fait l’objet de diverses analyses. Certains auteurs mettent en avant une analyse à priori, accordant la primauté à la culture politique : seules les sociétés partageant certaines valeurs et traditions peuvent atteindre la démocratie.

Une autre approche consiste à mettre en avant la nécessité d’un développement économique et social comme préalable à l’émergence de la démocratie.

Ces approches ont d’ailleurs été largement délaissées dans les années 1980, notamment lors de l’émergence de démocraties au sein des cultures soi-disant traditionnellement autoritaires, telles que l’Argentine, ou  dans les pays anodins au niveau de développement incertain.

D’autres auteurs adoptent une démarche à  posteriori : ils s’attachent à identifier les causes générales d’une transition et mettent l’accent sur les formes de gouvernement les plus appropriées pour la consolidation de la démocratie.

Enfin, certains auteurs se sont concentrés sur les divers systèmes de gouvernement ou d’élection, souvent par analyse comparative, en cherchant à dégager des conclusions qui pourraient être pertinentes pour la consolidation de la démocratie.

Ainsi par exemple, Juan J. Linz a suggéré que le parlementarisme conduisait à une démocratie plus stable que le présidentialisme, ce dernier favorisant davantage la concentration du pouvoir et l’apparition de conflits.

La transition démocratique comprend donc deux phases à distinguer nettement : la transition politique, qui désigne le passage d’un régime à l’autre  et la consolidation de la démocratie durant laquelle le défi majeur consiste à assurer une évolution relativement stable du processus démocratique engagé dans la transition.

La transition démocratique est complète lorsqu’ un gouvernement arrive au pouvoir comme le résultat direct du suffrage libre et populaire, comme première condition.

La seconde condition c’est quand ce gouvernement dispose d’un pouvoir souverain pour générer de nouvelles politiques publiques, et la troisième condition c’est quand les pouvoirs exécutifs, législatifs et judiciaires nés de la nouvelle démocratie n’ont pas à partager le pouvoir avec d’autres corps de droit.

Comment arriver à assurer les deux dernières conditions puisque le président et le gouvernement pourront être mis en place par l’organisme indépendant suggéré à cet effet ?

Telle est la question principale à laquelle tout un chacun doit répondre.

Linz et Stepan ont bien identifié les parties qui doivent répondre à cette question : (voir article intitulé le dialogue, le président et la vraie transition)

La première concernée est la société politique. Il s’agit des acteurs qui ont l’ambition de conquérir le pouvoir.

La deuxième est la société civile qui regroupe les acteurs inédits tels que les associations des droits de l’Homme, les syndicats, les ordres corporatistes ou les acteurs religieux.

Le troisième est le concept de l’État de droit. Il s’agit principalement des règles qui vont régir le nouveau jeu politique post-autoritaire.

Le quatrième est l’État lui-même qui regroupe quelques acteurs qui peuvent nuire ou aider les autres acteurs de la transition, notamment l’armée ou les forces de l’ordre. La légitimité bureaucratique de l’État ne doit pas être mise en question afin d’avoir une transition stable.

Le cinquième est la société économique qui regroupe l’ensemble des structures, privées ou étatiques qui ont la mission d’assurer le lien entre les politiques des dirigeants des périodes transitoires et les attentes populaires.

Toutes ces parties doivent engager dès maintenant un dialogue chacune de son côté pour arrêter des propositions concrètes pour assurer les conditions restantes.

Cette démarche sera suivie d’une conférence nationale qui à son tour déterminera les contours d’une transition démocratique consolidée.

Le président élu sera le garant de l’application de recommandations issues de cette conférence nationale.

À bon entendeur.

Docteur Rafik Aloui

 

 

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