Crise politique : le respect dû au peuple….

Par Docteur Rafik Alloui

Pourtant, bien des acquis ont été gagnés par le peuple Algérien depuis le 22 février 2019 : le président candidat à sa propre succession pour un cinquième mandat et les principaux éléments de sa bande « issaba » ont été éliminés.

L’autorité indépendante pour les élections présidentielles a été installée et devrait  en principe mettre hors du processus électoral tout le gouvernement.

Mais, apparemment,cela n’a pas été suffisant, car nous sommes au trente troisième vendredi, et le peuple Algérien est toujours pacifiquement dans les rues de tout le pays.

Alors, pourquoi la mobilisation générale de ce peuple est toujours présente et n’a pas faibli ?

C’est compréhensible et très logique de vouloir chercher une solution constitutionnelle, la majorité du peuple adhère,  mais à mon avis c’est des questionnements sur le chemin emprunté qui pose problème et constitue le facteur principal de cette mobilisation :

Pourquoi avoir emprunté un chemin aussi long?

Pourquoi avoir pris le risque de susciter des soupçons à vouloir imposer une transition par le haut ?

Pourquoi  donner aux résidus de la « issaba » commandités par les ennemis historiques l’occasion  de nuire ?

Pourtant, la solution constitutionnelle recherchée qui aurait pu mettre fin à la crise était là depuis les premiers vendredis du «  hirak » :

Une instance électorale indépendante mise en place depuis les débuts par une loi élaborée et approuvée par l’instance législative déterminant les missions et le profil de sa composante ; contrairement à la manière dont elle a été proposée.

Un panel chargé du dialogue sur une réforme constitutionnelle avec la participation des partis politiques et toutes les forces vives du pays, afin de sortir avec une déclaration consensuelle sur l’avenir du pays, aidant le futur président à mettre sur rail une transition consolidée vers une réelle démocratie ; contrairement à la manière dont le panel de Monsieur Karim Younes a fonctionné.

Vouloir à tout prix persister dans cette voie risque de créer un décalage entre le peuple et le pouvoir (voir article «  Risque de décalage » paru dans le même journal), et installe définitivement une crise de confiance qui sera beaucoup plus dure à surmonter que la crise politique actuelle.

Malgré tout,le peuple Algérien continue sa mobilisation pacifique.

Il continue de susciter le respect et l’admiration du monde entier. Ce peuple mérite incontestablement le prix Nobel de la paix, et je  m’associe à tous ceux qui appellent à lui décerner ce prix car il le mérite amplement.

En effet, c’est la première fois, dans l’Histoire de l’Humanité, qu’un peuple manifeste pacifiquement par millions dans les rues des villes et des villages chaque vendredi depuis plus de huit mois, sans que le moindre dépassement ne vienne entacher la soif de voir son Algérie libre et démocratique sans les figures du système.

Qui a dit que « ce n’est pas la rue qui gouverne » ?

A bon entendeur.

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