Bonne gouvernance et administration: ces leçons ” malvenues” que l’on tente d’importer

Dans une déclaration récente au terme de son entretien avec le ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale de l’Etat des Emirats arabes unis, Cheikh Abdullah Ben Zayed Al Nahyane, le chef de la diplomatie algérienne, Sabri Boukadoum a précisé que la rencontre a porté sur « la coopération bilatérale dans le volet économique et le domaine de partenariat et d’investissement ».

Il a également été convenu a-t-il ajouté de « l’échange d’idées dans plusieurs domaines et d’expériences entre les deux pays en matière d’administration et de gouvernance ».

Nous retenons : « en matière d’administration et de gouvernance ». La question qui se pose :

L’Algérie a-t-elle besoin des Emirats Arabes unis pour lui  exporter son expérience en matière d’administration et de gouvernance ?

Si les Emirats Arabes Unis ont tout simplement mis en pratique les méthodes managériales issues de la science de gestion pour atteindre le niveau de performance de leur administration,l’Algérie n’est-elle pas capable de faire la même chose ?

Serait-elle en déficit de compétences en la matière ?

Non, loin est cette situation l’Algérie : notre pays n’a pas besoin d’autrui pour lui inculquer les bonnes pratiques de performance en matière d’administration et de gouvernance.

Ses compétences sont largement capables d’atteindre dans ce domaine là  où les Emirats sont arrivés et même plus encore : il suffit tout simplement de leur faire confiance.

 

Au lieu et place d’aller chercher à importer des expériences, il aurait fallu  se poser la question suivante :

Pourquoi l’Algérie n’a-t-elle pas accompagné son administration vers la performance alors que les méthodes scientifiques menant à cette dernière existent depuis plus de 40 ans ?

Les pays qui ont réussi leur politique de développement économique sont ceux qui ont accompagné leur administration vers la performance, et se sont inspirés des apports de la science de gestion en bénéficiant des techniques de gestion et en mettant en place des indicateurs de performance selon leurs objectifs de développement économique.

 

Les politiques de développement économique des pays ont généralement deux finalités majeures :

1/ améliorer le bien-être des populations, en réduisant la pauvreté,

2/ accroître leurs capacités à participer à la décision de leur collectivité, en réformant les institutions nationales, pour garantir l’équité sociale.

–      La première finalité relève de la manière dont les gouvernants exercent leur pouvoir à fixer des objectifs économiques et mettre en place des indicateurs de performance pour mieux les atteindre.

–     La deuxième concerne leur manière de gouverner, d’organiser, de gérer et de conduire les institutions nationales dans une logique de saine administration.

 

Le problème est que l’Algérie se fixe des objectifs dans ses politiques de développement économique comme chaque pays du monde, mais n’a jamais appliqué les méthodes scientifiques de gestion : condition préalable pour toute réussite à atteindre ces deux finalités.

Le constat est que la gouvernance publique en Algérie sans ces méthodes s’est caractérisée par :

1-      L’existence d’une confusion dans les rôles et les prises de décisions.

2-     Une hiérarchisation et une centralisation, doublées d’une adhésion servile et aveugle aux règlements et procédures enfantant des pathologies bureaucratiques, comme les retards, le manque de flexibilité, et un comportement arrogant vis-à-vis du citoyen-client.

3     Un processus centralisé d’implémentation des projets, aboutissant souvent à des solutions inadéquates et non satisfaisantes du point de vue du public.

 

Dès lors, que de nouvelles idées plus innovantes en matière de management public qui ont fait leurs preuves sont là, elles doivent en principe guider les actions de nos services étatiques, en puisant dans les bonnes pratiques préconisées par le nouveau management public (NMP) en vue d’inculquer une culture de résultats et rendre plus efficient et plus crédible notre gouvernement.

Malheureusement cela n’a pas été  le cas et continue même dans le présent.

Et pourtant, réussir sa politique de développement veut dire stabilité sociale, et stabilité sociale veut dire être à l’abri de toutes les tentatives d’ingérence, et ou de manipulation à des fins de déstabilisation et perturbations orchestrées pour des buts géostratégiques de domination de nos richesses.

Si on veut donc réussir à atteindre les deux finalités de notre politique développement, il est impératif d’ouvrir un grand chantier en vue de réformer notre administration et notre manière de gérer par la mise en œuvre de méthodes scientifiques issues de la science de gestion.

Les successions des gouvernements et l’adoption de leurs programmes au niveau des deux chambres du parlement ne suffisent pas, si elles ne sont pas suivies de stratégies applicables par des méthodes scientifiques de management public, mettant en place des indicateurs de performance selon les objectifs à atteindre.

La mise en place de ces méthodes managériales procédurales telle que la direction par objectif (DPO) et d’efficacité budgétaire telle que la loi organique relative aux lois des finances (LOLF) et la détermination d’indicateurs de performance doit s’appuyer sur une étude préalable.

Ces études doivent être élaborées par une expertise de spécialistes de management, d’économistes et de chercheurs, pour la construction, la production et l’interprétation des voies et moyens qui conduisent à la mise en place de ces méthodes, et aux choix des cibles, qui doivent être systématiquement associés à une analyse fine du contexte et des prévisions d’évolution de la conjoncture économique et sociale.

La notion de performance correspond à l’atteinte d’objectifs ou de résultats attendus, et plus largement à la création de valeur.

Si dans le monde de l’entreprise, la création de valeur est généralement associée à l’accroissement du profit, elle doit être entendue dans le secteur public comme une optimisation des services rendus aux citoyens.

La mesure de la performance doit donc permettre de renseigner à la fois sur l’efficacité des choix de politique et sur l’efficience des choix de gestion.

En référence à la théorie du Nouveau Management Public (NMP), pertinence et fiabilité des indicateurs retenus sont les clés de la qualité de la mesure de la performance.

Les pays qui veulent donc réussir leur politique de développement économique continuent de s’inspirer de la recherche managériale dans le domaine public.

Il n’y a pas que les Emirats Arabes Unis, il existe bien des pays qui le font tels les USA, la France et même la Chine et le Gongo.

De ce qui précède, il ressort qu’il est indispensable, voire crucial pour l’Algérie de se conformer aux règles et méthodes scientifiques de gestions, faire confiance à ses compétences de haut niveau qui existent, et lancer une formation accrue en la matière ; si  elle veut réussir à atteindre les deux finalités de sa politique de développement économique.

La conviction est que notre pays dispose de moyens humains et matériels qui lui permettent de se mettre au diapason des pays qui ont réussi à atteindre les finalités de leurs politiques de développement en accompagnant son administration vers la performance.

A bon entendeur

 

Dr Rafik Alloui

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